Three Billboards

J’aurais aimé commencer ce blog avec un coup de coeur. Ce sera finalement un article sur un film que je trouve moyen, pourtant encensé par la critique, succès public en France et multi-récompensé aux Etats-Unis.

L’histoire : La fille de Mildred a été violée et assassinée à Ebbing, petit bled du Missouri (prononcer « Mizouri »). Après plusieurs mois, l’enquête piétine. Mildred (Frances McDormand) loue alors trois grands panneaux publicitaires à l’entrée de la ville. Elle y affiche un message provocateur pour secouer le respecté chef de la police locale (Woody Harrelson) et va ainsi perturber la tranquille communauté.

Je n’ai pas passé un mauvais moment mais n’ai pas non plus vu le chef d’oeuvre magistral tant vanté. J’ai surtout eu le sentiment de voir un film représentatif de l’ère post-Obama, celui d’une Amérique (et d’un cinéma !) incapable de prendre les problèmes à bras le corps et de les traiter en profondeur.

Un film emblématique de l’Amérique post-Obama et de son cinéma

Il n’est peut-être pas anodin que le film se déroule dans le Missouri, un Etat esclavagiste du Midwest qui joignit l’Union et combattit aux côtés du Nord pendant la Guerre de Sécession. De cette histoire schizophrénique subsiste quelque chose notamment à travers Jason, flic raciste, idiot et violent (excellent Sam Rockwell). Sous les coups de boutoir du politiquement correct, il a appris qu’on ne dit pas « nigger » mais ça ne l’empêche pas d’être raciste. Le film pointe alors avec justesse les limites d’un anti-racisme moral. Malheureusement, sur la forme, le film semble souffrir du même mal en faisant de ce racisme systémique toujours présent un élément de décor folklorique pas si grave que ça. On le condamne moralement mais les préjugés racistes n’empêchent pas la communauté de fonctionner.

Une chanson du film illustre cette schizophrénie du pays tout entier. Le juke-box du bistrot joue « The Night they drove old Dixie down », chanson épousant le point de vue d’un Sudiste sur la Guerre de Sécession, écrite par The Band (le groupe qui accompagna Dylan) et reprise par Joan Baez. Ce qu’il y a de vertigineux dans l’ambiguïté d’un texte sudiste chanté par l’égérie du Mouvement des Droits Civiques, le film n’arrive jamais à l’atteindre. On aurait pu avoir un film faulknerien ; on reste à la surface des choses avec un traitement moral mou du genou pas si loin de ce qu’il pointe pourtant avec justesse.

Sur le fond, le film est emblématique des espoirs de la présidence Obama venus se fracasser sur la réalité de la perpétuation des discriminations racistes et des violences policières envers les Noirs. Sur la forme, le film souffre malgré lui des mêmes limites que les solutions morales et consensuelles de l’ère Obama.

Un revenge movie qui ne s’assume pas

Le ressort principal du film, c’est la vengeance de cette mère qui vient mettre à mal le petit ronron de ce bled. Mais là où un revenge movie questionne l’utilisation même de la vengeance en jouant avec le spectateur sur le côté jouissif mais politiquement dégueulasse ou discutable de la méthode, Three Billboards reste là aussi très sage. Pudibond et moraliste, il montre un bout de vengeance puis la condamne très vite.

Le film se conclut par une remise en doute de la volonté d’aller tuer un protagoniste. Ce qui aurait pu être du questionnement n’est au final que l’aboutissement moraliste du film. Thre Billboards reste encore à la surface des choses et nous dit gentiment quoi penser, là où un revenge movie soit assume son propos viscéral, soit vient bousculer et mettre du doute en nous.

Manque d’épaisseur

Le film fait penser au revenge movie L’Homme des Hautes Plaines mais uniquement sur des motifs « décoratifs » : le rouge des panneaux publicitaires, les incendies, le nain du village (l’incontournable Peter Dinklage).  Pour le reste, on est loin du propos dérangeant et assumé du film d’Eastwood. Three Billboards peine à rendre efficacement compte de la tension que Mildred génère à Ebbing. Le film reposant sur trois ou quatre lieux, il nous donne peu à voir les effets de l’acte de Mildred, là où Eastwood montrait bien l’inquiétude que l’étranger crée en ville. Dans l’ambiance de racisme larvé dont je parlais plus haut, on pense aussi à la façon dont Alan Parker avait réussi à faire éprouver la tension de la ville contre les deux agents du FBI dans Mississippi Burning. Le film porte sur une autre époque, un autre Etat, un autre contexte mais il m’a manqué dans Three Billboards cet état de lourdeur moite et de paranoïa qui fonctionnait bien.

Le film reste bien sagement dans les rails en faisant mine de dérailler. On aurait aimé voir le même film par les frères Coen qui y auraient sûrement mis du vrai poil à gratter et… du cinéma !

Sérié télé

Parce-que c’est un des autres défauts du film, une mise en scène assez conventionnelle et un traitement narratif plus proche de celui de la série télé. N’y voyez aucun mépris, cela n’est pas un défaut en soi mais cela donne un résultat sans aucune idée de cinéma, et le sentiment d’être dans le premier épisode d’une série où seront développés les multiples personnages secondaires dont les interactions n’apportent pas grand chose au film. On reste dans l’image-action la plus basique, on voit certains évènements venir à des miles à la ronde, bien lourdement soulignés par la musique. Dommage, l’interprétation est très bonne et le film plein d’humour.

Aux Etats-Unis, Three Billboards doit faire office de film dérangeant pour son traitement du racisme ou son usage immodéré d’un humour cynique remplis de grossièretés (oulala, on doit interdire l’entrée en salle à des jeunes gens sûrement autorisés à s’acheter une arme par ailleurs). Désolé, pas sûr que l’on bouscule grand chose avec un film correct mais finalement assez consensuel. Il est surtout assez triste que l’on en soit arrivé à trouver subversif ce genre de cinéma.

 

Three Billboards, Martin McDonagh (1h55)

 

 

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