The Disaster Artist

The Disaster Artist de James Franco raconte une histoire vraie, celle du film The Room et de son « auteur » Tommy Wiseau. Petit retour sur les faits avant de parler du film de Franco.

Sorti en 2003 et considéré comme un des pires films de l’histoire du cinéma, The Room est un condensé d’incompétence qui lui confère très vite un statut de nanar culte : scénario de mauvais vaudeville, esthétique de sitcom, direction d’acteurs inexistante, dialogues incohérents ou mal joués par des acteurs insipides, personnages secondaires qui apparaissent en passant leur temps à dire « Ho Hi ! » puis disparaissent sans explication.
The Room ne pourrait être qu’un nanar de plus sans la légende qui l’entoure et la personnalité de son concepteur. Parfait inconnu dans le milieu du cinéma, Wiseau fait tout dans le film (producteur-réalisateur-scénariste-acteur), mais il le fait mal. Il dépensera pour cela 6 millions de dollars (dont on ignore l’origine) et épuisera près de 400 techniciens lors d’un tournage catastrophique de plusieurs mois.
The Room est surtout une ode mégalomaniaque à son démiurge. Malgré un physique patibulaire et un accent indéfinissable, Tommy Wiseau se croit séduisant et incarne dans son film un type parfait adoré de tous. Il parviendra même à louer pendant cinq ans un panneau publicitaire géant à son étrange effigie pour la promo de son film.

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Le film sort en 2003. C’est évidemment un bide mais il tourne ensuite en séance de minuit où les spectateurs viennent rire de l’humour involontaire et des maladresses du film. Avec ce matériau, James Franco tenait un sujet en or.

 » Ah mais en fait je m’emmerde un peu là ».

The Disaster Artist commence par quelques interviews de gens du cinéma déclarant leur amour du génie de Tommy Wiseau. Des vraies interviews ? De la mise en scène ? Intéressant, on s’embarque vers du faux-biopic ? Hé ben non. The Disaster Artist n’est qu’un biopic classique donnant à voir la vraie genèse de The Room sans élément de faux ou de duplicité qui aurait pu faire basculer le film vers quelque chose de troublant, comme l’avait fait Sarah Pauley dans son faux montage documentaire Stories We Tell.

Tout est bêtement véridique, la ressemblance de James Franco grimé en Tommy Wiseau et son jeu d’imitation plombent The Disaster Artist, déjà peu aidé par une mise en scène plate et des musiques pour nous dire quand il faut être ému. Ajoutez à cela le frère de Franco : il y est insupportable de mauvais jeu à base d’hésitations, de grands soupirs de surprise et de bouches bées toutes dents dehors. La recherche de véracité empêche de décoller vers le film foufou que cela aurait pu être. Au contraire, The Disaster Artist est poussif et fait partie des quelques films devant lesquels je me suis dit pendant la séance :  » Ah mais en fait je m’emmerde un peu là ».

Pour en finir avec la ressemblance véridique du vrai

Je me suis toujours méfié des films et notamment des biopics dont on dit » Ah mais Untel y est bluffant de ressemblance avec Machin ! » On s’en fout de la ressemblance ! Bien souvent le film ne repose que là-dessus et n’a donc rien d’intéressant à côté. A l’inverse, quand Todd Haynes fait incarner Bob Dylan à sept acteurs différents (dont un noir et une femme), il ouvre des perspectives narratives et cinématographiques incroyables, en plus d’approcher la compréhension de Dylan l’homme caméléon. Mais je m’égare…

Faux-cul

Le film n’aurait pu être qu’un biopic raté, mais il en devient réellement agaçant quand il prétend être ce qu’il n’est pas : une réflexion, un film miroir, une parodie. James Franco intègre au générique des séquences inutiles et faux-cul : en split-screen, on y voit d’un côté une scène de The Room, et de l’autre la même scène rejouée à l’identique par les acteurs de The Disaster Artist. Pour nous dire quoi ? « Hé, regardez, on a reproduit la réalité vraie !  » Et quel intérêt ? Pire encore avec la pastille post-générique : Franco incarne Tommy Wiseau lors d’une soirée où il s’engueule avec le vrai Tommy Wiseau qui joue un mec lambda. James Franco joue à l’auteur ou au sale gosse alors que son film est ultra-classique et sage. Pathétique.

Je n’ai donc pas vu le chef-d’oeuvre annoncé, le méta-film dont se gaussent les critiques de ciné, le film dans le film, la réflexion sur l’ambition artistique, etc.

Qu’est devenu le vrai Tommy Wiseau ?

Relancé par le film de James Franco, Wiseau est devenu très populaire.  Il a même prévu de retourner The Room. En 3D…

Il tire désormais profit de cette situation en prétendant que tout ceci était une parodie et que son humour et sa nullité étaient voulues. Il est depuis largement rentré dans ses frais grâce à un merchandising habile et des séances spéciales où il vient en guest-star avec son acolyte Greg Sestero, acteur de The Room et auteur du livre de souvenirs du tournage qui sert de matrice au film de James Franco. Wiseau et Sestero semblent surtout être de parfaits business-men profitant du regain d’intérêt pour les nanars. The Room remplit des salles comme Le Grand Rex où l’on vient vivre une aventure collective exubérante. C’est surtout un barnum commercial débilitant où le moindre selfie avec Wiseau est monnayé. On s’éloigne de l’amour potache et tendre pour les « mauvais films sympathiques », et on est loin du partage festif et subversif du Rocky Horror Picture Show. Signe des temps où tout est récupéré par le pognon, et où la médiocrité et la nullité sont encensées plus que de raison. Et bé oui ma brave dame, c’est comme ça, ho ben y’a plus de saison, et pi j’ai ma hanche qui m’lance…

The Disaster Artist, James Franco (1h44)

Pour en savoir plus sur The Room et les nanars :  http://www.nanarland.com/Chroniques/chronique-room-the-room.html

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