Kings

Los Angeles, 1991. Millie, mère courage, héberge une tribu d’enfants : les siens plus des enfants de l’assistance publique en attente de placement, à qui elle apporte beaucoup d’affection dans un joyeux bordel. Dehors, la tension monte parmi la population afro-américaine après le tabassage de Rodney King par des policiers, dont les images filmées par caméscope tournent en boucle à la télévision.

Après son excellent Mustang, Deniz Gamze Ergüven s’attaque à l’évocation du racisme et des violences policières à travers la chronique de cette famille dans l’histoire vraie des émeutes de Los Angeles, suite à l’affaire Rodney King. Le résultat est malheureusement décevant et le sujet aurait mérité un meilleur traitement.

La réalisatrice tente d’entremêler la petite et la grande histoire mais à vouloir trop en mettre, elle s’éparpille. Le film part dans tous les sens, à l’image de cette volière de gamins attachants.

Tout est très bien raconté, on n’est à aucun moment perdu dans les intrigues, on s’attache très vite à ces personnages généreux qui baignent dans une belle lumière californienne au grain un peu vintage, mais après un début au montage réussi, le film se perd dans différents registres qui empêchent les moments forts de décoller.

Kings utilise habilement les images d’époque, mais quand il s’agit de reconstituer le chaos des émeutes et des confrontations avec la police, c’est un peu faible. Et dans ce contexte historique tendu, on jongle entre drame shakespearien, fugue enfantine rigolarde et romance burlesque entre adultes. Comme tout est un peu traité sur le même plan, cela a tendance à minorer les situations réellement dramatiques, ce qui n’était sûrement pas le but de Deniz Ergüven.

L’interprétation des gamins et ados est super, ce qui est rare avec des enfants. Halle Berry donne tout dans le rôle survolté de Millie, et on a envie de l’avoir comme maman d’adoption. Daniel Craig est également très bien… sauf que son rôle est très mal écrit et qu’on ne comprend pas ce qu’il incarne réellement dans le film.

Choisir un traitement moins réaliste

Paradoxalement, c’est quand Ergüven sort du registre naturaliste et s’essaie à deux reprises à des choses plus expérimentales que le film prend une tournure intéressante, notamment avec des surimpressions ou une très belle scène onirique. Kings aurait peut-être gagné en profondeur et rendu un meilleur service à l’évocation de ces émeutes s’il s’était éloigné d’une narration réaliste finalement mal maîtrisée. Dans ce registre, Kings ne fait ainsi pas le poids avec le récent Detroit de Kathryn Bigelow.

On a l’impression d’un film bâclé ou sabordé, à qui il manque de nombreuses scènes qui permettraient de faire tenir l’ensemble avec un peu plus de consistance. C’est plausible puisque le film ne fait qu’une heure et demie.

Kings, Deniz Gamze Ergüven

 

 

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s