The Rider

Dans une réserve indienne du Dakota, Brady, jeune cowboy métis indien est en convalescence après un grave accident de rodéo de cheval. En attendant de pouvoir pratiquer de nouveau sa passion, il développe un don exceptionnel dans le dressage de chevaux sauvages. Mais des crises régulières de tétanie indiquent des séquelles neurologiques. Remonter à cheval et à plus forte raison le rodéo lui sont interdits. Que faire de sa vie sans sa passion des chevaux ?

Ce film est d’une beauté et d’une finesse prodigieuses. La réalisatrice Chloé Zhao, chinoise installée aux Etats-Unis, avait déjà situé son précédent film (le très beau et prometteur « Les chansons que mes frères m’ont apprises ») dans la communauté indienne Lakota. The Rider enfonce le clou et à travers le récit de la tragédie de Brady, questionne le Rêve Américain.

Tous les codes du western et du mythe américain sont là : cowboys, indiens, grands espaces, chevaux, rodéo. Sauf qu’ici, cowboys et indiens sont les mêmes, les grands espaces sont déjà conquis et le rêve américain a bien du plomb dans l’aile dans une réserve indienne.

Enfermement

The Rider file la métaphore de m’enfermement.

Celui que vivent les indiens dans leurs réserves, véritables prisons à ciel ouvert octroyées par les USA à ceux qu’ils ont vaincus. La vie est précaire. Brady vit dans une roulotte avec sa soeur ado, autiste Asperger et son père veuf qui dépense l’argent au casino ou au bistrot. Les loyers impayés s’additionnent aux menaces d’expulsion. Pour Brady et ses amis qui ne savent que dresser et monter des chevaux, la dernière Frontière est celle des performances aux compétitions de rodéo.

Mais au milieu de ces paysages grandioses, Brady vit un cauchemar d’enfermement. Son corps l’empêche de faire ce pour quoi il est fait. Il n’est pas le seul. Son ami et mentor du rodéo, Lane Scott, est tétraplégique suite à un accident de voiture. Brady lui rend visite en institution spécialisée et tente de lui faire revivre les sensations du rodéo.

Brady et les siens sont également enfermés dans une image virile de l’homme de l’Ouest qui peut les mener au désastre. Tout le monde sait que Brady risque sa vie à vouloir remonter un cheval, mais personne ne viendra lui dire de ne pas le faire.

Fierté, virilisme, pudeur de cowboy, respect du destin. Brady est pleinement en cela un personnage hawksien : il accomplit ce qu’il a à accomplir et le danger n’est pas un obstacle. Une phrase revient souvent chez Brady : « A man’s gotta do what he’s gotta do » (un homme doit faire ce qu’il a à faire)  ou encore l’idée que « Dieu a créé chacun avec un but précis, une tâche à accomplir ». Pour Brady, c’est monter des chevaux mais il ne peut plus au péril de sa vie. Il vit cela comme une malédiction et fait remarquer que s’il était un cheval, on l’abattrait, mais c’est un être humain… semblant envier le sort de l’animal.

Refonder un rêve

C’est paradoxalement deux de ses proches les plus enfermés : sa soeur autiste et son ami Lane qui fourniront les clefs de l’évasion à Brady, celle du rêve. Avec Lane, ils regardent des vidéos de leurs exploits passés. Ce glorieux passé perdu ravive la blessure de Brady alors qu’il stimule Lane qui s’accroche à l’idée hautement improbable qu’il remontera un jour. Le plus infirme des deux n’est pas celui qu’on croit. « Accroche-toi à tes rêves » lui dit Lane. Brady doit donc réinventer son rêve américain. Dans une scène finale dont on ne sait intelligemment si elle est rêvée ou réelle, Brady chevauche à travers la prairie.

Cette évasion bouleversante, c’est également celui que nous offre le film de Chloé Zhao. Réflexion émouvante, The Rider est aussi une étonnante découverte de cette communauté improbable de cowboys indiens fans de rodéo. Avec un thème a priori très éloigné de mes goûts (j’adore le western, mais le cheval m’emmerde) le film est arrivé à me captiver grâce à un regard discret sur ce monde, sans condescendance ni gros sabots de touristes. La narration est limpide, les acteurs amateurs qui jouent leurs propres rôles sont incroyables de justesse.

the rider 2

Le film est époustouflant dans sa manière d’intégrer des situations quasi documentaires prises sur le vif, notamment des scènes de dressage d’une puissance incroyable où Zhao utilise très bien le format scope pour capter en gros plan les émotions, ou pour intégrer dans le même cadre homme et animal. Beaucoup de scènes sont tournées dans des lumières d’aube ou de crépuscule qui renforcent l’aspect mélancolique de la situation et évitent un écrasement dramatique d’une pleine lumière de jour.

The Rider est une petite merveille de ce point de vue-là : du cinéma vérité à portée documentaire dans un cadre fictionnel plein de puissance émotionnelle et de poésie.

The Rider, Chloé Zhao, 1h44.

 

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