Skin, ou le syndrome Guillaume Gallienne

Invité à remettre un César lors de la dernière cérémonie, Guillaume Gallienne a déclaré : « Je suis un mâle blanc hétéro, donc je ferme ma gueule ».

Euh, alors GéGé, pas besoin d’invoquer tout ça pour que l’on ait envie que tu la fermes. Et puis surtout, pourquoi cette sortie ? Ho mais tu nous ferais pas une petite crise de « D’te façon, on peut pu rin dire… » ? Vous savez, ce discours pénible qui consiste à pleurer sur le passé où il était si bon de pouvoir allègrement parler de négro, de pédé ou de pouffiasse sans être censuré. Aujourd’hui, on peut même plus LigueLoler tranquillou, et faire des bonnes grosses blagues sur le viol ! Et pi les années 30 c’était l’bon temps, on pouvait dire c’qu’on pensait des Juifs hein !

Et les tenants de ce discours rance de gros cons réacs d’invoquer Coluche, Desproges ou Hara-Kiri (toute référence qu’à l’époque ils conchiaient sûrement…) pour nous prouver que c’était mieux avant. En oubliant dans leur bêtise crasse que précisément, ces auteurs moquaient le racisme, et non la victime de racisme, et que c’était le violeur ou l’homme violent qui était ridiculisé, pas leurs victimes (n’est-ce pas Tex et Bigard ?)

petit déj

Le petit-déj de GéGé

Le monde a eu du mal à se remettre du courageux acte d’auto-censure de GéGé. A vrai dire, si c’était pour nous refaire le coup de Fatima, tu pouvais vraiment bien la fermer GéGé. Car en 2016, GéGé déclarait à propos de Fatima (qu’il n’avait d’ailleurs même pas vu) :

« Je m’interroge quand même sur le choix de la famille du cinéma français à vouloir tout le temps prôner la diversité culturelle. Parfois, je ne sais pas à quel point le moteur de tout cela est artistique ou politique. »

C’est vrai que y’en a marre de ce lobby des femmes de ménage illettrées arabes qui sont aux manettes de toute l’industrie du cinéma français, et sur-représentées parmi les votants de l’Académie !

Mais dis-moi Gégé, les César remportés par ton film (Les garçons et Guillaume, à table!) au sortir de mois de manifs et de débats autour du mariage pour tous, c’était bien pour l’Art, hein, rien à voir avec le contexte politique et la question LGBT+ ? Elle t’a pas trop dérangé à ce moment la « diversité » du cinéma français.

Mais que tu dises tout ceci n’est pas étonnant quand on creuse un peu sur ton film.

Imposture et malentendu

Les garçons et Guillaume, à table ! relève pour moi de l’imposture et du malentendu. Vendu comme un film prônant « la différence », questionnant les rapports de genre pour vanter la « diversité » et la tolérance envers les personnes LGBT, le film de GéGé m’est apparu à sa sortie comme l’exact inverse. Gros malentendu ! Je n’arrivais pas à comprendre que tant de gens bien intentionnés aillent voir ce film et ne se rendent pas compte qu’il développe l’exact inverse, et alimente au contraire des clichés sexistes !

Dans ce film, tout homme efféminé, frêle et intéressé par l’art.. est un PD ! Un homme, un vrai, c’est comme les deux frères : virils, musclés, bagarreurs, vulgaires et bas du front. Tout le cheminement du personnage de GéGé, c’est un retour vers « la normalité », son hétérosexualité. Et quel soulagement finalement pour lui que de ne pas être homo ! (C’est ça qui va aider les jeunes homos à s’assumer ?!) Au départ joué dans une posture fragile et une voix efféminé, son personnage devient un homme, un vrai, qui se tient droit, fier, arrogant et parle « normalement », avec une voix plus grave. Ne parlons même pas des clichés sur les arabes (la scène avec Reda Kateb), cela me permettra de développer ce que j’appelle le syndrome Amélie Poulain, une autre fois.

Le syndrome GéGé

D’autant plus affligeant que nous avons été peu nombreux à ressentir cela, tant le film a été encensé et présenté comme portant des valeurs positives et inclusives pour les LGBT… C’est ce que j’appelle le syndrome Guillaume Gallienne, quand la réception publique d’un film passe à côté du fond véritablement problématique, et que le succès se fait sur un malentendu ou de très mauvaises raisons.

Bon alors, quel rapport avec Skin ?

Skin est un court-métrage de Guy Nattiv qui a reçu l’Oscar du meilleur court.

Skin_(2018_short_film_poster)

On y voit Jonathan Tucker (le gamin aux grandes oreilles dans Virgin Suicides) jouer un rôle de redneck bodybuildé, tatoué, coupe mullet s’adonner avec ses amis au tir au fusil mitrailleur dans la campagne (sûrement le traumatisme du suicide des soeurs Lisbon). Il en profite pour apprendre à tirer à son gamin de 10 ans. On sent bien qu’on est dans l’Amérique pro-Trump, ou alors que Trump n’est pas assez radical… A la sortie d’un supermarché, un Noir adresse un sourire au fils du Tucker. L’occasion pour lui de faire parler sa haine : il rameute ses potes pour tabasser à mort cet homme et le laisser agonisant devant sa famille sur le parking du supermarché. Tucker est alors enlevé par un commando cagoulé qui le séquestre et le tatoue sur tout le corps. La bouche cousue, les cheveux teints, le corps entièrement noir, il est ramené chez lui en pleine nuit. Dans la pénombre, sa femme ne le reconnaît pas, pense à l’intrusion d’un Noir et le met en joue. Au moment où elle va le reconnaître, son fils surgit avec un FM derrière lui et l’abat, comme on lui a appris.

Voilà.

Lors des projections au festival de Clermont-Ferrand, les spectateurs étaient enthousiastes. Cela sentait le prix du public et cela n’a pas loupé. Pour moi, ça sentait le prix Guillaume Gallienne.

Sentiment malsain de jouissance revancharde

Skin prétend dénoncer le racisme, la haine et au passage, la culture des armes mais le fait… en justifiant un acte de torture, la vengeance et l’auto-défense (noire comme blanche). Skin alimente en nous non pas la volonté de comprendre le racisme et de le combattre, mais un sentiment malsain de jouissance revancharde à l’idée de voir le raciste pris dans son propre piège de haine et d’éducation par les armes.

Skin titille en nous cet esprit simpliste qui ricane et dit « hin hin, bien fait », sans le remettre en question. Degré zéro de la réflexion, tendance pro-peine de mort. Revenge-movie putassier, malsain, à la morale religieuse puante (« qui vit par le glaive périra par le glaive »), Skin ne donne pas des armes pour combattre le racisme mais au contraire alimente la vengeance et la haine. C’est ça qu’il faut faire contre le racisme, tuer les racistes ?? Traumatiser leur famille va les dégoûter du racisme ?

Comment peut-on sincèrement faire un film comme ça contre le racisme et ne pas voir qu’on fait du Dirty Harry non pensé et non-assumé ? Comment le public (et l’Académie des Oscar) peut à ce point tomber dans le panneau et ne pas voir que c’est problématique et que les valeurs portées par le film vont à l’encontre du discours antiraciste généreux du réalisateur ?

 

 

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