Rêves d’or (la jaula de oro)

Trois adolescents guatémaltèques quittent leur vie de misère et tentent de se rendre aux Etats-Unis. Pour cela, ils doivent accomplir un long périple à travers le Mexique avant d’essayer de passer illégalement aux USA. En chemin, ils rencontrent Chauk, un jeune indien du Chiapas qui ne parle pas espagnol et qui se joint à eux. On les suit dans cette galère où alternent les situations sordides, drôles et émouvantes.

Il s’agit d’une fiction fortement ancrée dans la réalité. Le réalisateur a passé du temps avec des migrants et s’est énormément documenté avant de construire son récit. Le choix de personnages adolescents ne sert pas à édulcorer cet exil en une douce fable de formation. Il y a bien une part initiatique mais on est loin d’un gentil voyage de vagabonds Disney ; ce qu’ils vivent est l’abominable réalité de ces migrants attirés par le rêve américain et qui voyagent entassés sur les toits de trains de marchandises.

Rêves d’or montre à quel point ces migrations structurent ces sociétés et comment toute une vie s’organise autour d’elles : activité policière, opérations mafieuses de rapaces exploitant le dénuement et le désarroi des migrants (avec notamment le sort terrible réservé aux femmes) mais aussi d’émouvants gestes de solidarité et d’encouragement à atteindre « l’Eldorado » étasunien.

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Au-delà du caractère documentaire, c’est une leçon de solidarité de classe, antiraciste. Chauk subit le racisme anti-indien mais les péripéties du voyage forcent ces damnés de la terre à se rapprocher. A travers son personnage, le film touche alors à la question de l’oppression des peuples autochtones et du rapport à l ‘Autre. Quemada-Diez réinvente presque la célèbre scène de présentation entre Jane et Tarzan.

Rêves d’or traite surtout de la démystification du rêve américain. Le film joue avec ce rêve tant sur le fond que sur la forme. Il combine ainsi des éléments du road-movie, du film de gangsters, et surtout du principal de ces mythes fondateurs : le western (l’indien, les paysages, l’attaque de train, etc). Il y a d’ailleurs une référence à Shane (L’homme des vallées perdues de Georges Stevens, 1953) western qui donna envie au réalisateur, enfant, de faire du cinéma. Cette histoire de migration désabusée, c’est aussi la sienne : jeune cinéaste espagnol qui part se confronter au cinéma américain pour finalement se fixer au Mexique.

Mais si Rêves d’or est un film passionnant politiquement, il faut dire aussi combien ce film est beau ! Les nombreuses récompenses que le film a obtenues sont largement méritées.
Diego Quemada-Diez a travaillé auparavant avec Ken Loach ; on est pourtant loin de la leçon dogmatique qui appesantit parfois le cinéma de Loach (quand il est en petite forme) et de sa pauvreté formelle. Ici, rien n’est démonstratif, tout est dit avec finesse par les situations et la mise en scène pudique d’un scénario équilibré. Il alterne plans serrés sur les visages, à la beauté émouvante, et plans larges sur le paysage qui défile. On est dans une belle proximité humaniste avec les personnages, amplifiée par le choix de filmer en 16 mm. Contrairement au froid numérique, l’image a du grain, un rendu chaud et sensuel. On est tellement proche que l’on ressent presque les odeurs.

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Rêves d’or est un film bouleversant d’humanité et de beauté, interprété à merveille. Un film intelligent et subtil qui nous montre que derrière chaque statistique froide de l’immigration se cache une histoire et souvent des drames.

Rêves d’or (La jaula de oro)
Film mexicain de Diego Quemada-Diez, 2013

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